Péripéties pluvieuses

Comme je n’ai pas Internet, dans mon petit terrier de La-Ville-au-Nord, je passe autant de temps que possible à la Grande Ecole pour alimenter mon addiction.

(Ceci ne sera pas le billet où j’avouerai ma radinerie congénitale qui m’empêche de payer un abonnement.)

Le corollaire de ce premier paragraphe implique que je rentre tard chez moi. En ces mois d’hiver, cela signifie que la nuit est tombée depuis longtemps mais que la pluie continue de le faire.

Il pleut !

Il pleut !

Je rentre donc, guillerette, dégoulinante et trottinante, mes excessives affaires sous le bras, saluant, de loin, les étudiants fêtards. Quand, soudain…

(Je ménage mes effets.)

Du four d’un porche, une voix m’appelle…

(Dudududuuumm)

Il mouille !

Il mouille !

Comme je suis d’un naturel serviable et naïf, je sursaute et m’apprête à partir en courant, mais la voix m’interrompt :

“Mademoiselle ! [j'aime bien quand on m'appelle comme ça, je me sens jeune. En même temps, Madame est plus respectueux. Et j'ai décidé de me faire appeler Madame. Mais Tout le Monde, ce traître, m'appellant toujours Madame, je suis donc devenue très sensible à Mademoiselle.] Je suis coincé dans la cour, pouvez-vous demander de l’aide à l’interphone ?”

Là, comme je suis une fille accomodante (bien qu’un peu crédule), au lieu de l’abandonner en ricanant, je cherche l’interphone, que je trouve – malgré ses explications très confuses – et transmets, solennelle :

“Bonsoir, votre frère est coincé dans la cour, il voudrait que vous l’aidiez.”

Et là, comme Prudence est mère de Sureté (Pauvres femmes, quels prénoms débiles), je pars sans demander mon reste.

Oui, c’est une non-histoire. Comment ça, vous n’aimez pas les histoires qui n’ont pas de chute ? Allez, mais c’est bien pour vous faire plaisir:

Il était une fois une reine si petite, si petite, que l’histoire est déjà finite [sic].

Contents, maintenant ?

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One Response to “Péripéties pluvieuses”

  1. Ecureuil says:

    Cette histoire m’a fait penser à ça:

    Barbara

    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
    Et tu marchais souriante
    É panouie ravie ruisselante
    Sous la pluie
    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest
    Et je t’ai croisée rue de Siam
    Tu souriais
    Et moi je souriais de même
    Rappelle-toi Barbara
    Toi que je ne connaissais pas
    Toi qui ne me connaissais pas
    Rappelle-toi
    Rappelle-toi quand même ce jour-là
    N’oublie pas
    Un homme sous un porche s’abritait
    Et il a crié ton nom
    Barbara
    Et tu as couru vers lui sous la pluie
    Ruisselante ravie épanouie
    Et tu t’es jetée dans ses bras
    Rappelle-toi cela Barbara
    Et ne m’en veux pas si je te tutoie
    Je dis tu à tous ceux que j’aime
    Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
    Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
    Même si je ne les connais pas
    Rappelle-toi Barbara
    N’oublie pas
    Cette pluie sage et heureuse
    Sur ton visage heureux
    Sur cette ville heureuse
    Cette pluie sur la mer
    Sur l’arsenal
    Sur le bateau d’Ouessant
    Oh Barbara
    Quelle connerie la guerre
    Qu’es-tu devenue maintenant
    Sous cette pluie de fer
    De feu d’acier de sang
    Et celui qui te serrait dans ses bras
    Amoureusement
    Est-il mort disparu ou bien encore vivant
    Oh Barbara
    Il pleut sans cesse sur Brest
    Comme il pleuvait avant
    Mais ce n’est plus pareil et tout est abimé
    C’est une pluie de deuil terrible et désolée
    Ce n’est même plus l’orage
    De fer d’acier de sang
    Tout simplement des nuages
    Qui crèvent comme des chiens
    Des chiens qui disparaissent
    Au fil de l’eau sur Brest
    Et vont pourrir au loin
    Au loin très loin de Brest
    Dont il ne reste rien.

    Jacques Prévert, Paroles

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